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A peine arrivé à Paris, Balzac, harassé de fatigue et perclus de douleurs, repart le 8 novembre 1843 au Havre récupérer ses malles qu’il avait fait expédier par mer, pour voyager plus léger au retour. Auparavant, il a pris la sage précaution de consulter son médecin et ami fidèle, le Docteur Nacquart. Celui-ci lui diagnostique bien une méningite due, selon lui, au surmenage ininterrompu de l’écrivain et lui prescrit pour une durée d’un mois « de fortes applications de sangsues et des remèdes adoucissants contre la névrose ».

 

Comme à chaque retour de voyage, Balzac retrouve d’emblée son lot de difficultés parisiennes. Tout d’abord, sa pièce Pamela Giraud, présentée pendant son absence le 25 septembre au théâtre de la Gaîté, est loin de rencontrer le succès littéraire et donc financier escompté par l’auteur. D’autre part, Balzac apprend, sans doute en consultant le Journal des chemins de fer, hebdomadaire spécialisé créé en 1842, que la valeur des actions du Chemin de fer du Nord qu’il a achetées a baissé significativement durant son absence.  

LES VOYAGES D'HONORE DE BALZAC

Le tour d’Europe en 260 jours de récréation…

Affaibli par la maladie, l’écrivain semble, cette fois-ci, las de cette routine immuablement composée de labeur continu, d’échecs successifs et d’attente interminable d’une union qui reste incertaine… il s’épanche auprès de Mme Hanska :

 

« Mon Dieu ! Me retrouver ici, dans ce cabinet, après vous avoir vue, et pendant deux mois, m’y retrouver avec les mêmes idées qu’avant mon départ ! Avec le même désir, la même soif ! Dans une semaine, je ferai les mêmes courses, avec le même foyer au cœur, je voudrais diminuer le fardeau de ma dette, avec la même ardeur ! Et cependant, je vous ai vue ! »

La fin de l’année 1843 est consacrée aux soins et au repos.

Malgré une santé encore vacillante dans les premiers mois de l’année suivante, Balzac poursuit en 1844 la rédaction de son œuvre magistrale La Comédie Humaine, en donnant  naissance, entre autres, au roman Modeste Mignon. Outre son activité littéraire, deux autres projets accaparent son énergie : résorber ses dettes de façon sérieuse, car il semble que Madame Hanska l’ait posé comme condition à leur mariage et faire l’acquisition d’une maison digne d’y loger sa princesse.

De nombreuses publications et plusieurs avances de fonds assez importantes rendent possible la liquidation de ses dettes courantes. En enfant bien discipliné, calculs à la clé, il informe régulièrement Mme Hanska de l’amélioration de sa situation financière ; et c’est avec fierté et un optimiste débordant, que seul peut avoir un homme considérant ses dettes comme une partie intégrante de son univers, qu’il lui annonce en novembre :

 

« […] Voilà mes dettes payées à 30 000 frs près. Donc, je puis mettre le prix des Jardies en terrain. Claret me donne 3 ans pour lui payer la maison en lui payant 5 % d’intérêts. […] Aussi n’ai-je aucune inquiétude sur l’avenir. »

 

Ces « 30 000 francs près », soit environ 120 000 euros actuels, n’effraient nullement Balzac… Il n’a jamais été aussi près d’éponger toutes ses dettes et donc d’être « apte » au mariage avec Mme Hanska. Il reprend toute confiance en un avenir clément auprès de sa bien-aimée, d'autant plus qu'elle lui a annoncé les fiançailles de sa fille Anna. Un mois plus tard, il lui confie d'une façon touchante :

 

 « Je m’occupe de notre bonheur. En 1846, nous aurons la plus délicieuse maison de Paris, je n’aurai plus un sou de dettes, et j’ai pour 500 000 frs de travail à peu près à faire dans La Comédie humaine sans compter l’exploitation de cette affaire qui représente au moins cela. Je suis donc, belle dame, un parti d’un million et plus, si je ne meurs pas ! Si je n’épouse pas, selon votre mot, une pauvresse, vous n’épousez pas non plus un pauvre. Nous serons deux charmants vieillards, unis par l’amour comme Sismondi et sa femme, malheur à qui restera le dernier, la vie lui sera bien amère. »

 

Après avoir réglé ses affaires de succession à Saint-Pétersbourg, Mme Hanska, de son côté, était retournée à Wierzchownia en mai 1844. En novembre, elle part s’installer à Dresde pour y passer l’hiver, accompagnée de sa fille et de son futur gendre, le comte Georges Mniszech.

Aussitôt, Balzac lui propose de la rejoindre. Mais pour la deuxième fois, il doit essuyer son refus de le voir et attendre patiemment son bon vouloir...Ce n’est qu’à la mi-avril 1845 que Mme Hanska lui accorde l’autorisation de venir à Dresde.

Balzac, pourtant encore affaibli par une série de maladies, décuple d’énergie pour préparer ce voyage qu’il espérait chaque jour, ainsi qu’il le clame à sa chère Eve :

 

« J’ai passé ces 5 mois à me dire tous les soirs – Je pars demain. Je te verrai, ne fût-ce qu’un mois, ne fût-ce que dix minutes, mais je te verrai ! […]

Je vais la revoir, une idée qui a souvent défrayé des voyages de 700 lieues !

J’ai tout envoyé promener, et La Comédie humaine et Les Paysans et La Presse et le public, et Chlendowski à qui je dois 10 feuilles de la Comédie humaine ! Enfin tout ! »

 

 

Dresde 1845.

Se faisant face, l’hôtel Stadt Rom sur la droite de l’illustration,

et l’hôtel de Saxe sur la gauche.  

Il y fait la rencontre de Georges Mniszech, le fiancé d’Anna. Balzac se prend d’emblée de tendre amitié pour ce jeune comte polonais, collectionneur passionné de coléoptères au caractère doux et inoffensif.

Les deux jeunes fiancés, plein d’insouciance que peuvent donner la jeunesse et la fortune, donnent le ton de ce séjour. Balzac, pour la première fois de sa vie, lâche prise et s’abandonne entièrement à cette vie légère : visites de la ville, sorties au théâtre, tout est divertissement où  le travail et les soucis d’argent n’ont plus leur place…

Ainsi, sur l’initiative de Balzac, les quatre voyageurs se rebaptisent du nom de personnages du vaudeville Les saltimbanques, créé en 1838 au théâtre des Variétés et reprise en 1843 à Saint-Pétersbourg : l’écrivain se renomme Bilboquet, chef de la troupe des saltimbanques, Mme Hanska est Attala, la « femme sauvage », Anna devient Zéphirine, la « sauteuse » et Georges endosse le nom de Gringalet, le personnage « paillasse » de la troupe…

 

Cependant, Dresde abrite une importante communauté d’émigrés polonais et le quatuor se voit vite exposé à leurs commérages acerbes. Balzac avait d’ailleurs prévenu Mme Hanska, dès son arrivée dans la ville, que « Dresde était une ville à cancans, [où] il était impossible d’y rester ».

 

Théâtre de Dresde en 1841

En mai, ils partent donc s’installer à Bad-Homburg, station thermale au pied de la montagne du Taunus, à proximité de Francfort. Balzac et Mme Hanska y font la rencontre de Mme Sophie Kisséleff,  la belle sœur du chargé d’affaires de l’ambassade de Russie à Paris qui avait, en 1843, remis à l’écrivain son passeport. Joueuse passionnée, il est probable qu’elle ait entrainé le couple au Kursaal, le casino de la ville. 

Fin mai, la troupe s’achemine vers Cannstadt, ville d’eau dans la banlieue de Stuttgart où Mme Hanska suit une cure. Les journées continuent à être rythmées agréablement par des sorties, excursions, visites à des connaissances, telles que celle au comte Guillaume de Wurtemberg dans son château de Lichstenstein. 

 

Les thermes de Bad-Homburg 1845

Château de Lichstenstein 1845

A peine de retour à Cannstadt, Balzac part en compagnie de Mme Hanska et de sa fille à Karlsruhe, d’où ils rejoignent Strasbourg en remontant le Rhin. Ils quittent alors la ville le 7 juillet à bord de la malle-poste et arrivent à Paris deux jours plus tard. Balzac installe les deux femmes dans un petit appartement rue de La tour à Passy, près du sien situé rue Basse.

Le séjour dans la capitale reste aussi secret que le voyage mais on peut imaginer l’entrain de Balzac à faire découvrir à sa belle polonaise son univers parisien tant aimé…

En juillet, il les emmène visiter Fontainebleau et Rouen, puis c’est au tour de sa région natale, avec les villes d’Orléans, Blois et Tours qu’ils traversent peut-être à bord d’un bateau à vapeur de la compagnie générale des paquebots de la Loire. 

Si leur emploi du temps durant ce séjour reste discret, il semble cependant que les voyageurs se soient adonnés sans compter au plaisir d’achats d’antiquités et de brocantes. Tel le petit Poucet, Balzac jalonne avec ardeur leur trajet de factures d’antiquaires, d’autant plus facilement que Mme Hanska assure en grande partie leur financement et qu’elle semble partager ce goût avec l’écrivain. Il décrira cette passion pour la recherche et l’acquisition d’objets d’art à travers le personnage de Sylvain Pons, dans son roman Le Cousin Pons. Le bric-à-brac, tel qu’il le nomme, devient un univers à part entière qu’il décline sous toutes les formes : ainsi Balzac parle de bricabracomanie, de bricabracologie, de l’action de bricabraquer et même du royaume de la Bricabraquie !…

 

De retour à Paris au mois d’août, ils repartent aussitôt à Strasbourg par la malle-poste. De là, à bord du bateau à vapeur L’Elberfeld, ils descendent le Rhin en direction de la Hollande : ce sont des escales à La Haye, Amsterdam, Rotterdam. Ils continuent vers la Belgique, avec visite d’Anvers et Bruxelles. Les achats d’antiquités, en particulier chez l’antiquaire Schwaab, s’accumulent au fur et à mesure… 

Une semaine plus tard, le 25 avril, Balzac quitte Paris. Comme pour son retour de Saint-Pétersbourg, il emprunte sans doute alternativement malle-poste et chemin de fer, en passant par Francfort et Leipzig où il doit régler une affaire de réimpression de ses œuvres en allemand. Il arrive à Dresde le 1er mai et descend à l’hôtel Stadt Rom où il avait déjà séjourné lors de son retour de Saint-Pétersbourg en 1843. Il y occupe un appartement, réservé par Mme Hanska, au second étage, avec salon, chambre et bureau.

Balzac n’a qu’à traverser la rue pour se rendre à l’hôtel de Saxe où réside sa bien-aimée… 

C’est aussi durant ce séjour que prend forme le projet d’un voyage en France. Balzac se rend alors seul à Strasbourg au mois de juin afin de mettre au point, avec sa gouvernante Mme de Brugnol, toutes les modalités d’un séjour clandestin en France, le tsar interdisant à tous ses sujets d’y résider. Dès le mois de février, l’écrivain avait déjà pris la sage précaution de se faire établir un passeport où il faisait passer Mme Hanska pour sa sœur et Anna pour sa nièce…

Le 27 août, tandis que Mme Hanska et Anna rejoignent Cologne et Karlsruhe, Balzac prend le chemin du retour pour Paris. Il atteint Gand en diligence, de là prend le train pour Lille puis la malle-poste pour rejoindre Paris où il arrive le 30 août.

Plus de quatre mois passés auprès de son amour, dans une ambiance de détente absolue, lui rendent le retour à Paris déprimant : 

 

« Tout m’est indifférent ici de ce qui ne vous concerne pas, pour ne pas dire odieux, et c’est à tel point qu’hier, accablé de fatigue, barbe de 8 jours, poussière de 22 heures de route, linge sale, costume de voyage, je suis allé chez Froment-Meurice avant de venir ici ».

(Mr Froment-Meurice est un célèbre orfèvre chez qui Mme Hanska et Anna avaient pris l’habitude de passer commande…)

 

 

Le 24 septembre, il rejoint Mme Hanska pour un séjour éclair de 6 jours à Baden. Il est de retour à Paris le 4 octobre. Le 22 du même mois, il repart par malle-poste à Chalons sur Saône où il retrouve Eve, Anna et Georges. Ensemble, ils descendent la Saône à bord d’un bateau à vapeur jusqu’à Lyon, puis continuent sur le Rhône jusqu’à Arles, en passant par Valence.

 

En avance sur le domaine maritime, les compagnies de transport fluvial de passagers se multiplient dès 1820 dans une concurrence forcenée.

La ligne régulière entre Lyon et Arles, empruntée par nos quatre compagnons, est assuré par la Compagnie générale des bateaux à vapeur, créé en 1830 par Church.

C’est à bord d’un bateau aux dimensions modestes mais rivalisant de luxe dans son aménagement que la troupe des saltimbanques savourent tranquillement cette descente du fleuve, profitant du confort d’un grand et petit salon, d’une spacieuse salle à manger, d’un restaurant, d’un compartiment réservé aux fumeurs et d’un autre aux dames ; le tout orné précieusement avec bois, glaces et dorures.

Près d’un million de voyageurs empruntent annuellement le Rhône dans les années 1840, dont les trois quart en descente. Cependant, l’expansion du chemin de fer va rapidement porter un coup fatal au transport fluvial des voyageurs : alors qu’au milieu du 19ème siècle, les bateaux assurent environ 40% du trafic national, leur contribution n’est plus que de 15% en 1876.

Les voyageurs atteignent Marseille au bout de quelques jours et s’installent dans un appartement à l’hôtel d’Orient, réservé par le poète Joseph Méry, grand ami de Balzac.

Après une visite de Toulon, ils embarquent à Marseille à bord du bateau à vapeur Léonidas pour rejoindre Naples, avec escale à Civitavecchia. Le sol italien n’était pas totalement inconnu à Balzac. Il avait en effet eu l’occasion de se rendre à Turin en 1836, accompagné secrètement de son amante Caroline Marbouty…

A peine arrivés à Naples le 5 novembre, Balzac réembarque seul, 3 jours plus tard, à bord du Tancrède pour retourner à Marseille. Lors de l’escale à Livourne, il en profite pour visiter Pise, malgré une pluie battante.

 

l retrouve à Marseille son ami Joseph Méry qui le guide à travers la ville et le mène dans des boutiques d’antiquité. Balzac fait de nombreuses acquisitions auprès de l’antiquaire Lazard, avant de reprendre, le 14 novembre, la route de Paris par malle-poste. Le voyage dure trois jours.

Alors que Balzac reprend très tranquillement son travail littéraire et plus assidûment ses recherches immobilières et d’antiquités, Mme Hanska et les deux fiancés passent la fin de l’automne, l’hiver et le printemps 1846 en Italie.

 

Le 16 mars 1846, sur la demande de Mme Hanska, Balzac part la rejoindre à Rome, abandonnant sur le champ ses affaires et ses travaux en cours. Au préalable, il s’est procuré un laissez-passer pour la douane des Etats pontificaux par l’intermédiaire du directeur de la Villa Médicis, le peintre Schnetz.

Il prend la malle-poste pour Lyon puis pour Marseille et embarque le 21 mars à bord du Mentor pour Rome, avec escale à Civitavecchia. Il arrive à destination le 25 mars.

 

Balzac, grand amateur d’art, est ébloui par cette ville qu’il s’était toujours promis de visiter. Les journées se passent à admirer les nombreux monuments et musées de la capitale : la galerie Borghèse, la Villa Doria-Pamphili, les musées du Vatican, le Palais Sciarra…

Mme Hanska fait rencontrer à Balzac l’un de ses parents, Michelangelo Caetani, prince de Taneo. Ce grand érudit va accompagner les quatre touristes tout au long du séjour : il les introduit dans des collections privées, les guide lors d’excursions archéologiques, comme celle des Thermes de Caracalla et aide Balzac dans ses négociations avec les marchands d’antiquités. Ainsi, l’écrivain fait l’acquisition « d’un Sébastien del Piombo, un Bronzino, et un Mirevelt de la dernière beauté ».

Mais surtout, il fait partager à Balzac ses immenses connaissances sur Dante. Il l’invite d’ailleurs à assister aux conférences organisées sur l’illustre auteur au Palais Farnèse de Rome. Une sincère amitié se lie entre les deux hommes…

Pour clore le tout, Balzac a la chance d’assister, durant la semaine sainte, à une audience publique auprès du Pape Grégoire XVI qui lui béni un chapelet et un scapulaire destinés à sa mère.

La Haye 1880

Amsterdam vers 1900

En effet, Balzac, à présent âgé de 46 ans, semble ne plus avoir l’énergie ni le goût de continuer cette vie de labeur qui l’a littéralement usé…Seule l’idée de rejoindre Mme Hanska n’importe où dans le monde et celle de leur préparer un nid douillet à Paris réussissent à actionner le peu de ressort qui lui reste.

 

Il reprend donc ses prospections immobilières, avec l’assentiment de Mme Hanska qui lui fait parvenir, en octobre, une somme d’environ 130 000 francs - baptisé par Balzac « trésor louloup » -  pour financer l’achat et l’aménagement d’une maison. Obéissant à sa manie pas toujours très heureuse de spéculer, il s’empresse d’investir une grande partie de la somme dans des actions des chemins de fer du Nord…  

Anvers vers 1880

Même si la navigation semble moins risquée sur un fleuve qu’en pleine mer, elle n’est cependant pas exempte de tout danger. En effet, le gel, le brouillard, les sécheresses comme les crues peuvent considérablement altérer la navigation, voire l’interrompre plusieurs mois chaque année. A cette époque, il n’est pas rare que des bateaux viennent heurter les piliers des ponts ou endommagent leur cheminée pas suffisamment inclinée pour passer sous les arcades, par manque de visibilité.

Le séjour à Rome dure presqu’un mois, à l’issue duquel Balzac ne tarit pas d’éloges sur la ville éternelle. Ainsi écrit-il à sa sœur Laure :

 

 « J’ai vu tout Rome, depuis A jusqu’à Z. L’illumination du dôme de Saint-Pierre le jour de Pâques, vaut à elle seule le voyage. Mais comme on peut en dire autant de la bénédiction « Urbi et Orbi », de Saint-Pierre, du Vatican, des ruines, il se trouve que mon voyage peut compter pour dix. […] Je suis si content de Rome que j’ai l’intention d’y passer l’hiver prochain tout entier, car je veux tout en savoir.[…] Rome, dans le peu de temps que j’y suis resté, sera l’un des plus grands et des plus beaux souvenirs de ma vie […] »

 

 

En ajoutant toutefois une critique :

 

« Malheureusement Rome est chère, elle a autant de mendiants que d’habitants, ce qui rend les visites aux palais et aux galeries d’une impossibilité majuscule. »

 

Le 22 avril 1846, la troupe quitte Rome. Ils embarquent à Civitavecchia pour se rendre à Gênes. Après un séjour au lac d’Orta puis au lac Majeur, ils entrent en Suisse par le Simplon, font une halte à Genève puis Berne et atteignent enfin Bâle le 16 mai. Si les paysages changent, la frénésie d’achats de Balzac reste la même :

« Je cherche des tableaux bon marché sur ma route et je voudrais trouver des Hobbema et des Holbein pour quelques écus, car je poursuis avec acharnement l’œuvre de mon mobilier. »

 

Avant que Balzac ne reprenne la route pour Paris, Mme Hanska lui annonce une nouvelle pour le moins inattendue : elle est enceinte, à l’âge de 42 ans…

C’est sans doute bouleversé par cet évènement inespéré que Balzac rejoint Paris en malle-poste, en passant par Heidelberg et Strasbourg. Il y arrive le 28 mai.

 

Le 30 août, notre voyageur infatigable reprend la route de l’Allemagne pour rejoindre sa nouvelle famille à Creuznach, d’où ils partent ensemble pour Mayence. Balzac se rend seul à Metz pour essayer d’organiser, avec son ancien ami Le Préfet de la Moselle, un mariage secret avec Mme Hanska. Elle ne peut en effet se marier avec un étranger sans l’autorisation du tsar russe. Il est de retour à Paris le 15 septembre.

 

 

 

Balzac se remet de plus belle à la recherche d’une demeure digne d’accueillir son Eve chérie et cet enfant à venir qu’il s’imagine déjà être un garçon qu’il baptisera Victor-Honoré. Ses prospections aboutissent finalement à l’achat, le 28 septembre, d’une maison située Rue Fortunée à Paris et qui s’avère nécessiter de nombreux travaux...

 

Le 11 octobre 1846, la dernière condition posée par Mme Hanska à son mariage avec Balzac est enfin satisfaite : Anna épouse Georges Mniszech à Wiesbaden. L’écrivain y assiste en tant que témoin de mariage et retourne dans la capitale le 17 octobre.

 

L’état euphorique de Balzac ne dure malheureusement pas longtemps. Le 1er décembre, alors qu’il s’apprête à aller chercher Eve à Dresde pour la ramener dans leur demeure aménagée avec amour, il reçoit une lettre dans laquelle elle lui annonce une terrible nouvelle : elle a fait une fausse couche… Balzac est atterré et vidé de toute énergie vitale. Il exprime sa douleur  à  Mme Hanska :

 « Je viens de pleurer trois heures, comme un enfant.

[…] D’aujourd’hui, jour bien cruel pour moi, car c’est la mort de bien des espérances, je me replonge dans la fournaise ardente d’où je sortais pour te ramener ici. Tout m’est odieux. Tous mes efforts pour te faire un palais inconnu, tous mes succès, tout devient des épées dirigées sur moi »…

 

Cette douleur est d’autant plus difficile à supporter qu’Eve lui interdit de la rejoindre à Dresde…

 

 

Mais quand donc pourra-t-il être enfin apaisé… ?

Marseille vers 1880

Rome : photo du Colisée datant de 1846

Basilique Saint-Pierre 1874

BALZAC

HANSKA
Association Franco Ukrainienne